Voici la dernière partie de la série « Pourquoi j’ai vendu mon site ecommerce
? »

Suite à l’article qui posait la question « Pourquoi je ne parlais pas de cette vente sur le blog« , j’avais donc commencé à expliquer les raisons de la vente de mon site ecommerce, Platine (presque 5 ans d’existence).

La raison n°1, était le burn-out.

La raison n°2, était que j’étais devenu le maillon faible de mon propre ecommerce, car ce dernier était devenu le faire-valoir et le laboratoire de Blog-Ecommerce.

La raison n°3 ? Le prix de la vente diront certains. Ok. Sauf que certains diront que j’ai bradé le prix (Platine était quand-même une grosse machine à $$$ la dernière année, et était à des années lumières de son vrai potentiel. Vous allez comprendre pourquoi…), d’autres, que j’ai bien vendu. Mais dans tous les cas, le prix ne peut pas être une des raisons de la vente, puisqu’il n’est venu qu’après la décision de vendre. Il ne fut pas le déclencheur.

Alors, qu’elle est cette troisième raison ? Et avais-je besoin d’une 3eme raison, vu les deux premières citées ?

Le Ecommerce, c’est avant tout du commerce.

Cette phrase, tout le monde l’a entendue. Et bien sûr, elle est véridique.

Le sens du commerce, je l’ai pourtant toujours eu. Ce n’est pas le cas de mes parents, donc je ne sais pas d’où je le tiens. La démerde sûrement… Etudiant, je revendais déjà sur eBay France des lecteurs MP3 que j’achetais moins cher sur eBay Angleterre (là où, à l’époque, la pression sur les prix était plus forte qu’en France).

Comme une prémisse de ce qu’allait devenir ma vie ou juste une astuce d’un étudiant qui en avait assez du baby-sitting… ?

Bien pire en fait… une martingale qui, pendant mes études, m’avait élevé au rang de « celui qui paye toujours sa tournée en soirée !!« . Un haut-fait dans les écoles de commerce. L’un des plus hauts même… Croyez-moi….

Mais alors, c’était quoi le problème ?

En fait, il n’y avait pas de problème. Vendre des platines DJ sur le web ? Ok. J’avais hésité, il y a 4 ans, avec le matériel de golf aussi. Et puis les cosmétiques pour hommes…

Platines DJ, putters de Golf ou crèmes après-rasage/anti-cernes/anti-rides, peu importe… je ne connaissais aucun de ces 3 produits.

Un ami à qui je parle de mes projets me dit que « le plus gros fournisseur de sono se trouve juste à côté« .

Alors le choix est fait: je vais monter un site de sono et platine DJ.

La seule chose que je savais en lançant cet ecommerce, c’est que mes (futurs) concurrents ne travaillaient pas assez leur référencement naturel (SEO): je savais que des mots clefs comme « sono », « matériel sono », « platine dj », étaient prenables en première page de Google, soit presque 300.000 recherches/mois en cumulés, d’après Adwords.

Et je n’inclus pas les centaines de mots clefs long tail etc…

… bref… C’était la fin de mon business plan… Le fait que je ne connaisse pas les produits n’aurait que peu d’incidence.

Une cliente à qui je racontais cela, me dit un jour: » Olivier, dit comme ça, ça fait un peu truand, non ?… :-)  »

Et c’est vrai que ça faisait truand…

Le Ecommerce, ce n’est pas que du trafic, même qualifié…

Un truand, ça se cache. Ça bluffe, ça ment, ça utilise des techniques différentes des autres. Certains verront là une sombre description du métier de SEO ;-).

Alors je suis allé voir ce premier fournisseur. Et j’ai menti, bluffé. Caché ma vraie nature: un mec qui ne connait rien aux produits, et qui va lui mettre à dos tous ses revendeurs historiques dans quelques mois, parce qu’on le trouvera partout sur Google.

Contrat de distribution signé, je passe un coup de fil à mes anciens collègues de PowerBoutique: « Il me faut une licence. Tu me fais un prix ? »

En quelques semaines tout était bouclé, et je faisais mes premières ventes. J’en avais bien sûr parlé sur ce blog.

Au fil du temps, les ventes augmentaient. Arrive le moment où mes commerciaux, chez mes fournisseurs, commencent à se poser des questions. Ils ne comprenaient pas comment je pouvais à la fois leur poser la question la plus débile (« Ca sert à quoi la fonction Loop sur une platine DJ ?…« ) et leur passer l’une des plus grosses commandes de leur journée.

Il faut savoir aussi que ce sont tous des blagueurs dans le milieu de la sono/DJ. J’avais parfois droit à des quizz… « Hey, tu sais ce que c’est un câble speakon ??? » Bien sûr, je ne connaissais pas la réponse. On ne peut pas tout savoir, me direz-vous… Mais en gros, être un vendeur de sono et ne pas savoir ce qu’est un câble speakon, c’est un peu comme vendre des télévisions sans savoir ce que serait une prise péritel… Alors ça rigolait pas mal au téléphone.

Puis je passais ma commande du jour. Et ça rigolait un peu moins…

Un truand je vous dis…

Oh, bien sûr, j’ai fini, tel un coming out, par leur expliquer. Au bout de 2 ans quand-même… D’un coup, j’ai senti un regard de méfiance (après tout, ils avaient bien un truand en face d’eux, non ?). Et puis très vite, tout est revenu dans l’ordre. Le gars-de-Google qu’ils m’avaient surnommé…

J’ai accepté ce rôle, cette place, cette étiquette dans ce (très) petit milieu de la sono: j’étais le gars « pas du milieu« , mais qui mène bien son business. Mes (ex-)concurrents et (ex-)fournisseurs sont d’ailleurs tous lecteurs de ce blog (Salut les gars ! :-))

Puis la réalité vous rattrape…

J’ai placé cet ecommerce parmi le top 10, voire top 5, des sites de vente en ligne de sono en France. Et, à coup sûr, dans le Top 5 en terme de rentabilité.

J’avais externalisé la logistique , recruté un stagiaire puis un CDI et les équipes Blog-Ecommece s’occupaient du SEO, des Adwords, du graphisme et des bannières, puis des comparateurs de prix, une fois Shopping-Flux lancé.

Moi, je pouvais me concentrer sur mes clients Blog-Ecommerce et les partenaires, et cela sans risquer le burn-out et sans trop m’occuper de Platine.

Une entreprise bien huilée ? En apparence seulement, car la réalité vous rattrape. Plus Platine grossissait, plus je me rendais compte que je ne pouvais continuer à faire du commerce sur des produits que je ne connaissais pas.

Et la liste des lacunes était grande:

C’est un an après que je me suis rendu compte qu’on ne pouvait pas vendre de la sono sans aussi proposer des jeux de lumière…

C’est seulement 2 ans après que je me suis rendu compte que je ne vendais pas les principales marques de sono et platine DJ… (Numark, Stanton, Gemini, Martin Light, etc…). En gros, c’était comme si j’avais ouvert une boutique de vente de téléviseurs sans proposer des marques comme Sony, Thoshiba ou encore Samsung…

C’est seulement au bout d’un an que je me rends compte que le magazine papier dans lequel je faisais de la pub n’est plus du tout lu par les DJ, et que les nombres de publications qu’ils m’annonçaient étaient faux.

Et je n’inclus pas les erreurs dont je ne me suis jamais rendu compte. Et puis toutes ces questions techniques auxquelles personne ne savait répondre chez nous… Autant de ventes perdues.

Un importateur de matériel de sono (il n’est jamais devenu un de mes fournisseurs) décide de venir nous voir au bureau. Faut que je vous parle…« .

Une fois arrivé, il me dit cash: « Platine, c’est une pépite d’or. Tout le monde le sait dans le milieu, mais je vais te dire ce que personne ne te dira: 100% de tes produits, c’est de la mauvaise came…« .

« De la mauvaise came ? » … bon…

Un truand normal ne se soucie guère de la came qu’il vend me direz-vous.

« Tes concurrents ne comprennent pas comment tu arrives à faire ce chiffre d’affaire en ne vendant que ces marques… Si on peut appeler ça des marques…Personne ne veut te le dire et ne te le dira jamais. Ils ont tous un intérêt financier à ce que tu restes ainsi.« .

Alors voilà… C’est cela être « le gars pas du milieu » !! Tout le monde me ment par omission depuis le début. Qui d’autre qu’un fournisseur à qui je n’ai jamais rien acheté pour me le dire ? Mes fournisseurs actuels, avec le risque que mes commandes soient transférées chez quelqu’un d’autre ? Mes concurrents ? Nicolas, le CDI que j’avais recruté, qui lui même ne connaissait pas le secteur ?

Le « gars-de-Google » était-il en fait « le-gars-à-qui-il-ne-faut-rien-dire » ?

Dure réalité.

C’est donc au bout de plus de 3 ans de Platine, que je me suis rendu compte que le principal fournisseur de sono en France n’était pas celui que je croyais. Il existait un fournisseur plus de 10 fois plus gros… Avec toutes les marques importantes… Des marques inexistantes sur Platine.

La réalité fut dure à accepter. Comment accepter le fait que cela fasse plus de 3 ans que je faisais le malin à passer devant tout le monde, ou à payer du clic, ou encore à me démener sur tout ce que doit faire un ecommerçant, pour apprendre, au final, que je vends de la « came » dont 90% du marché ne veut pas ?

Un truand en vie est un truand rangé !

Alors après 1, voire 2, burn-out, un site « maltraité » pour faire des tests SEO et un truand démasqué, voire ridiculisé, il reste quoi ?

Un client de Blog-Ecommerce, RMG Loisir, vient de faire une levée de fond (1,5 millions €). Nous sommes, au fil du temps, devenus ami. Il passe sur Paris, et on se fait un resto. On parle business, Google, futur de l’Internet. La soirée se passe bien. Il sait que je n’arrive pas à gérer Platine + Blog-Ecommerce. Alors on en parle aussi. Puis il me parle de « page qui doit se tourner« , de « t’as donné le maximum« . J’entends aussi des phrases comme « Est-ce que t’es clair dans ta tête sur ce que tu veux ?« , « Choisir Blog-Ecommerce c’est renoncer à Platine. Tu t’essouffles » … « Et puis tu sais, j’ai levé des fonds…. « Platine peut devenir un truc hyper big avec moi… » « Je vais recruter des connaisseurs« …

Merde…

Qu’est-ce qu’il se passe ? Sommes nous en train de parler de la vente de Platine… ?

On devait faire un resto pénard… et voilà que je suis mis au pied du mur. C’était à moi d’amener Platine là où il le mérite. C’est quoi qui a foiré ????

« Jacques, on peut changer de sujet ? »

« Ok. Mais réfléchis. Prend ton temps. »

… J’ai toujours détesté cette phrase… On sait trop comment ça se termine…

Les pages sont faites pour être tournées…

Il parait qu’un livre dont les pages ne se tournent plus est un livre fini. Alors j’ai tourné la page… Pour voir ce que ce livre avait encore à me raconter.

Je ne m’attache jamais aux objets. Du plastique encombrant. Mais Platine, j’y tenais. J’avoue avoir continué à regarder les commandes tomber de temps en temps. Deux fois par jour en fait. Jusqu’à ce que, tel un accro au jeux qui demande à se faire interdire de casino, je demande à ce qu’on y change les codes d’accès.

Et arrive ce jour, un matin: « Codes d’accès invalides. » … Pff… c’est donc la fin ?… C’est comme ça que se termine l’aventure de chaque ecommerçant ? Par cette simple phrase : « Codes d’accès invalides » … ?

Quel manque de tact !!!

Ils pourraient au-moins ajouter un truc du style: « Merci. Nous avons été ravis de travailler avec vous toutes ces années. » … ou « Notez que cela a été un réel plaisir de travailler avec vous. » Je sais pas moi… Un truc poli au moins…

Quelle vulgarité dans la rupture, je vous jure…

J’avoue avoir retenté une deuxième fois de rentrer les codes d’accès. Même si je savais très bien que la deuxième tentative n’y changerait rien…

Un ADN marqué à jamais.

Platine m’a tout appris. Sur le management, sur le SEO, sur Adwords, sur tout ce qui fait un ecommerce. Il a même imprégné ses marques dans l’ADN de Blog-Ecommerce. Sur toute l’équipe.

Certains vous diront qu’ils connaissent bien le ecommerce parce qu’ils ont « déjà un client dans le ecommerce« .

D’autres vous diront que c’est parce qu’ils travaillent chez tel ou tel comparateur de prix ou régie d’affiliation. Des vendeurs de clics en fait…

Y’a ceux aussi qui ont fait des « missions » chez les grands comptes du ecommerce.

Oh, c’est pas les pires, vous savez.

Non. Il y a une palanquée de gens qui prétendent bien connaître le ecommerce car ils ont créé des bannières pour tel ou tel ecommerçant. Mais ne soyez pas impressionnés par ces gens-là: juste des pros de Photoshop qui n’ont pas trouvé de boulot dans un magazine branché.

Non, moi le ecommerce, je l’ai appris à la dure: en étant ecommerçant.

Je l’ai appris en emballant des cartons, après les avoir portés.

Je l’ai appris avec chaque coup de cutter qui me tailladait les mains.

Je l’ai appris en restant 30 minutes au téléphone avec un client qui « finalement » achètera la platine DJ la moins chères. Celle où je fais 15€ de marge…

Le ecommerce, moi, je l’ai appris avec ce putain de Google qui mettait des plombes à remonter mes pages.

Je l’ai aussi appris avec Adwords et ses campagnes que nous travaillions pendant des mois avant d’arriver à les rendre rentables.

Je l’ai appris, avec cette agence d’affiliation qui m’a mis dans les pattes un Keyworder! La plus grosse arnaque web-marketing possible !!!

Le ecommerce, je l’ai appris avec tous ces colis arrivés en retard. Ou à l’heure même… Parfois on se fait gueuler dessus quand-même.

Et que dire ce tous ces colis perdus ou arrivés cassés… ? Et ces remboursements de La Poste qui tardent à venir …

Ou encore, ce client qui me retourne son colis pour « bénéficier » des 7 jours de rétractation.

C’est à la dure que je l’ai appris le ecommerce.

Mais heureusement, il y a ce chiffre d’affaire, qui, contre vents et marées, continue à monter. Ces commandes qui tombent dans le back-office, venant de quelqu’un que vous ne verrez jamais et qui habite une ville dont vous ignoriez l’existence. A y réfléchir, la meilleure drogue que j’ai trouvée !!

Et puis, ces soit-disant « concurrents » sortis de nulle part qui crèvent au bout d’un an… C’est cela le ecommerce aussi non ?

Le ecommerce, je l’ai appris avec des stratégies web-marketing. Des bonnes, et beaucoup de mauvaises. Un jeu en taille réelle !

Comparateurs de prix ? Place de marché ? SEO ? Liens externes/internes ? Code reduc ? Cashback ? Adwords ? Affiliation ? Facebook/Twitter ? Bannière en haut, bannière en bas ? Plus grosse, plus petite ? Powerboutique/Wizishop/Prestashop/Magento/Rentashop/Myeshop ? Emailing/taux d’ouverture ? Taux de rebond, taux de transfo, taux de clic, taux taux taux taux ..  Oui ? Non ? Merde ? Pourquoi ? Pourquoi pas ? Faut voir ?…

Le ecommerce, donc… si je l’ai appris, c’est grâce à Platine ! Ses exploits, ses surprises, ses galères, ses concurrents, ses visites en dents de scie et son chiffre d’affaire qui suit…

Ses bugs qu’on voit, qu’on voit pas. Qu’on trouve par hasard « Depuis quand il y est ce bug ? »

Tout ça quoi…

Et cette page, qui, un 8 Décembre 2010, se tourne…

Merci Platine de m’avoir tout appris, et d’avoir marqué de ton empreinte l’ADN de Blog-Ecommerce. Grâce à toi, nous ne pourrons jamais être une agence comme les autres.

Merci pour toutes ses commandes, et parfois de très grosses. On ne les oublie jamais ces dernières.

Merci pour tout, Platine.

Désolé aussi, si, parfois je t’ai maltraité. Mais tu ne m’as jamais ménagé non plus… Tu le sais.

Avec ton nouveau propriétaire, tu as toutes les clefs pour réussir. Alors montre-nous ce que tu as dans le ventre. Je te fais confiance.

Une page se tourne donc. Mais l’histoire était belle. Nous allons faire quelque chose de plus grand avec Blog-Ecommerce.

Parce que, on pourra dire ce qu’on voudra de nous et de notre équipe, même si nous avons encore tout à prouver, ça, on ne pourra jamais nous l’enlever: ces galères, ces joies, ces coups durs, ces doutes, ces coups de cutters, ces cartons trop petits, trop grands, ces milliers d’emails, de coups de téléphone, ces rires, ces frustrations, ces colères… tout ce qui fait la vie d’une boite ecommerce,  nous, on les connait.

Oui, on les connait, et cela on ne pourra jamais nous les retirer.

On ne pourra jamais les remettre en doute.

On ne pourra jamais faire comme si cela n’avait pas existé.

Il faudra tous nos lobotomiser le cerveau avant de nous retirer tout ça.

Oui… On ne pourra jamais, et je ne laisserai jamais personne le faire, nous retirer le fait que, l’ecommerce, nous, on l’a appris un ordinateur dans la main gauche, un carton dans la main droite et un cutter entre les dents !

Love you Platine ! Make it big !

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Fin de l’article, nous espérons qu’il vous aidera dans votre stratégie Ecommerce.
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